Un cycle dans l’Agora

L’Agora n’est pas un forum, ni un chat, ni un blog.

Dans l’Agora, on met en forme les idées issues des discussions sur les forums, les chat et les blogs.

Cet article est le troisième, après une déclaration de principe et la structure des informations, nous allons voir le cycle de vie d’une question et de ses réponses.

Petit rappel : une question a été posée après des jacasseries ailleurs, aux « nuit debout », au café du commerce, sur des forums, dans des assemblées citoyennes.

C’est une question d’ordre juridique et des citoyens ou associations de citoyens vont construire leur réponses, puis un vote désignera l’option favorite.

Au début il y a une question qui fait consensus : que ce soit pour la soutenir, ou pour la rejeter. Par exemple la question ne peut-être « Comment virer les ‘réfugiés’ ? » mais plutôt « Règles d’admission et d’intégration des réfugiés ». Dans le deuxième cas, on a pas dit si on fabrique des palaces pour les réfugiés, ou si on pose des champs de mines. Dans le premier cas, la question est terriblement orientée.

La question va passer par 4 phases :

  1. Maturation
  2. Développement
  3. Gel avant vote
  4. Vote

La durée de chaque phase est réglable, en heures, jours, semaine ou mois. Dans la pratique et hors situation particulière, on va aller vers quelque chose comme 1 mois/3-6 mois/Une semaine/trois jours pour les phases de 1 à 4 ci-dessus. Si vous êtes particulièrement réactif, pour une organisation très resserrée, comme le club de pétanque, vous pouvez mettre en question le menu du banquet de fin d’année en 1 jour/2 jours/12 heures/1 heure. A 30, c’est jouable, mais à 45 millions, je doute….

La Maturation

Ce n’est pas parce qu’on serait en démocratie que chaque question posée est intéressante. Si on pose sur l’Agora la question suivante (avec la réponse du questionneur) : « Règlementation de la hauteur des chaussettes en milieu humide », il est probable que seuls ceux qui ont le même dealer vont s’intéresser à la question, voire que les initiateurs regretterons quand ils auront dessaoulé.

La maturation donne une chance à la question, évite la mise en place d’une censure.

Les citoyens visiteurs qui ont déclaré être intéressés par le domaine (Consommation -> règlementations industrielles -> Habillement), ont reçu un mail à la création de la question.

Pour que la question passe à la deuxième étape, le Développement, il faut qu’une proportion minimum de ces gens intéressés par le domaine, clique sur « Je suis intéressé par la question« . Évidement le taux est réglable : mettons 15%.

Être intéressé par la question ne signifie rien d’autre que cela : cela ne signifie donc pas que la réponse visible, en attendant les autres, vous plaît. Pour le dire autrement : « Je pense que c’est utile de se poser cette question ».

Par exemple :  « Déclarer le 13 avril Journée du Fox à poil dur », c’est pas intéressant dans l’Agora. Mais c’est en ignorant la question que vous le ferez savoir. Pas besoin d’experts, de comité, d’assemblée ou d’homme politique. Et si j’ignorai que le dernier exemple avec fox à poil dur incorporé, est en fait une question existentielle pour 60 millions de mes compatriotes ? Ce serait ballot de passer à côté d’une évolution majeure de notre société.

Si le taux d’intéressés n’est pas atteint avant la fin de la période de maturation, la question disparaît dans les archives. Couic ! Sinon, c’est …..

Le Développement

Depuis la création de la question, n’importe qui peut poser une réponse. Mais maintenant les « visiteurs », les citoyens qui sont venus voir, vont pouvoir « signifier » des choses, en quelques sorte intervenir, communiquer avec les rédacteurs.

D’abord, pendant le développement, les citoyens indiquent leur « intérêt » pour les réponses qui le méritent à leurs yeux. On ne parle pas de vote là ! On filtre les « Yaka » et les gentils « L’amour règlera les problèmes du monde, bouh la guerre c’est pas bien ».

Les réponses qui n’ont pas atteint un pourcentage des « intéressés par la question » n’iront pas au vote final. Mettons 15%, mais ce coefficient est réglable alors 5% ou 80% si vous voulez peu importe.

On en reparlera dans l’article suivant qui détaille le côté « auto-nettoyant ».

Vous pouvez parfaitement désigner de votre intérêt des propositions totalement contraires à vos opinions. Intérêt ne signifie pas soutien. Cela ne signifie pas que vous allez voter pour !

Donc vous n’êtes pas intéressé par la réponse « 2 microns », ni par la réponse « 12 mètres », pour les hauteurs de chaussettes. Mais de 5 à 30cm, faut voir…..

C’est l’objet d’une éducation que de sortir du manichéisme : nous adorons jacasser entre gens déjà d’accords au départ, plus pour recevoir l’approbation d’un groupe et son amour, que pour réellement débattre.  Marquer son intérêt pour une réponse que nous combattrons par la suite, voilà un beau sujet d’éducation populaire, passer sans « souffrance » autant de temps a examiner les options qui vous conviennent (celles qui vous disent « tu es beau, tu es gentil, tu es intelligent ») que celle qui vous déplaisent (celles qui vous ne vous envoient pas d’affects joyeux, comme dirait Spinordon).

Car c’est faire société que d’accepter réciproquement de s’écouter, sans combat, avant le vote. A l’inverse du débat télévisé, où un des participant doit sortir les pieds devant sinon c’est pas drôle. Écouter ne veut pas dire approuver, trouver l’autre raisonnable ou son projet souhaitable, c’est lui donner la place de citoyen que vous voulez pour vous-même.

Donc oui, un militant SUD peut trouver une réponse du MEDEF « intéressante ». Mais ne pas trouver intéressant la recherche de solution politique à travers la conquête de Mars.

Pourquoi cette notion : parce que pour aller jusqu’au vote, une réponse doit susciter un minimum d’intérêt.

Voila c’est dit. Ça sert à ça l’intérêt : A faire dégager les fantaisistes.

Vous avez tout intérêt à vous intéresser à plusieurs réponses, vous verrez plus tard que la méthode de vote vous y encourage très fortement.  « Cette réponse est la meilleure, les autres c’est tous des cons » ne fonctionne pas.

Raisonnez plutôt en « Tous ceux là peuvent me convenir à des degrés divers, de l’adoration fanatique jusqu’à une limite tout de même ! ». Ainsi vous vous préparez au compromis, à la négociation. En tant que rédacteur, voir ma réponse recevoir de l’intérêt, ne signifie pas « recevoir de l’amour » : je vais peut-être me faire défoncer au cours du vote.

Maintenant, il y a ‘être supporter‘, comme au foot.

Là, vous signifiez vos opinions, votre préférence. En gros, vous désignez les propositions (de lois) auxquelles vous êtes prêt à vous soumettre. En fonction des évolutions, vous pouvez retirer ce support, le remettre aux uns, aux autres…

« Supporter » (ou ‘soutenir’) ne signifie en aucun cas une intention de vote : En indiquant que vous êtes supporter, vous encouragez la continuation de la rédaction et on verra se dessiner les tendances, comme un sondage permanent à grande échelle, sans technicien de l’IFOP pour truquer les résultats, c’est tout.

Les rédacteurs peuvent ainsi observer les variations de l’opinion à l’égard de leur réponse, au fur et à mesure qu’ils l’amendent, la révisent, la complètent.

Ensuite, les « suggestions« .

La suggestion est une cartouche précieuse, unique pour une réponse, qu’on ne grille pas sans réfléchir.Vous devez être supporter d’une réponse pour y poser une suggestion.

Une suggestion n’est pas une critique : « Vous êtes des nazes, votre procédé de ….. est grosse connerie, au secouuuuuuuuuurs ! » n’est pas recevable. Ni « Ce projet est formidable. Signé : ta maman qui t’aime ».

En revanche « votre procédé de taxation des .. ne pourra pas être géré, on ne connaît pas suffisamment précisément …, et cela va mobiliser des ressources hors de proportion du bénéfice attendu, ressources plus utiles ailleurs. Une taxe fixe inconditionnelle serait praticable »

Ou « Pourquoi taxer … spécialement ? Votre loi peut se passer de cette idée inutilement complexe »

Voilaaaaaa… Maintenant, en tant que visiteur citoyen, vous pouvez, à la lecture des suggestions :

  • Ne rien faire
  • Indiquer les conséquences pour vous si les rédacteurs prenaient en compte la suggestion.

Et là c’est très simple :

  • J’en veux, sinon je vote pas pour vous
  • J’aimerai bien mais on va pas en chier une pendule
  • J’aimerai autant pas, mais j’ai toujours pas mangé de pendule
  • J’en veux pas, sinon je vote pas pour vous.

Ne rien dire équivaut à « Je m’en moque de cette suggestion », « Hors sujet ».

Les rédacteurs voient la répartition des opinions. C’est quand même un peu plus subtil que le « J’aime-J’aime pas » de Facebook ou de ces propositions de site de forums qui offrent une voie royale au pathos instantané, plutôt qu’à la réflexion et à la subtilité.

On n’est pas dans la discutaillerie, on est dans la rédac finale du texte de loi : vous ne faites de suggestion qu’aux réponses qui vous plaisent, votre best-of à vous. Une suggestion n’a de sens que si elle est un apport positif. Rappelez vous : une seule suggestion par réponse !

Un mécanisme de réflexion obligatoire peut aisément être utilisé (ou pas) : une suggestion est enregistrée, mais ne sera réellement présentée que trois jours après (réglable) , avec une manip de confirmation. Pourquoi ? Pour vous donner le temps de voir que la même suggestion, en gros, a été indiqué par cent personnes. Autant vous contenter d’indiquer votre opinion sur une suggestion identique, arrivée avant la vôtre, plutôt que de faire du redondant.

Cela vous donne aussi le temps de vous rendre compte que votre suggestion, écrite sous le coup de l’émotion, n’est pas si géniale que ça, et de garder la « cartouche » pour un aspect plus critique. Un peu comme le délai de rétractation  de 7 ou 15 jours pour un achat important. Bref, apprends à ne pas donner ton avis à tout propos, pour pécho des gonzesses ou faire ton intéressant ou crier tes émotions au monde.

Le Gel avant le vote

Pendant le gel avant le vote, genre une semaine, les rédacteurs ne peuvent plus changer leur réponse. On va voter, vous faites le point dans votre tête, s’agit pas qu’un malhonnête change son texte en douce juste avant vote et donc vous trompe, vous abuse.

Des nouvelles réponses peuvent encore être ajoutées : mais c’est un coup one-shot, pas de modifications possibles. Et vous devez atteindre le quorum avant le vote, donc en une semaine avec l’exemple ci-dessus.

Bonne chance aux retardataires, mais si ceci constitue un garde-fou supplémentaire, un recours pour les citoyens, ce n’est en aucun cas une « méthode ». Sérieusement, plongez vous dans le débat dès le début, dans les lieux de discussion, puis le cas échéant, travaillez votre réponse dans les délais sur l’Agora. Si vous avez raté le début, c’est un peu votre problème.

A la fin de la période gel, c’est le temps du vote. Mais digérez ça d’abord…

A très bientôt pour la suite.
1. Agora, le chaînon manquant
2. Structure de l’Agora
3. Un cycle dans l’Agora
4. Agora : le vote
5. Parer aux plaisantins envahisseurs
6. Procurations et « démocratie liquide »

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