Le Temps joue contre vous

Cycle « Préparons le grand Soir », aujourd’hui « Aléas du Temps™ ».

Formidable réalité abstraite ! Matière à spéculation financière, le temps est un bien sans propriétaire. Quoi que.

Vous, lecteur, êtes ce jour, cette heure, minute seconde, en train de lire ce texte. Combien vaut le temps de cet exercice ?

Si vous vous en moquez, il ne manque pas de forces pour chercher à en tirer bénéfice. Il suffit d’allumer la chaudière de vos désirs et vous enverrez la vapeur de votre activité dans tous les tuyaux possibles dans l’espoir de recevoir en échange l’assouvissement de ces désirs. Jusque-là, il n’est rien de nouveau. Le temps est infini, on ne l’arrête pas, on le remonte pas.

Pourtant, ce temps que vous croyez vôtre, vous l’avez vendu, il n’est plus à vous. D’un point de vue très pratique, soit vous êtes à l’abri des contingences matérielles (savoir comment vous y êtes arrivé dans ces champs de ruines écologiques, économiques, humaines est l’objet d’autres études), soit votre emploi du temps est d’avance réglé : Je ne vais pas rentrer dans le déroulé des méchancetés qui en fait d’avance au mieux un purgatoire, mais le plus souvent un enfer.

Vous devez trimer sans relâche pour survivre et ne pas crever à l’âge de la retraite. Trimer pour rembourser votre vie à crédit.

Les gagnants de ce monde ont des problèmes de digestion, les complices qui se nourrissent des miettes du banquet se rassurent en regardant monter la bourse.

Reste la grande majorité, les accidentés de la vie et les « normaux » qui font tout bien comme on leur dit de faire.

Ils occupent leur temps à satisfaire leur maître. Du coup ils manquent de temps pour vivre. De temps pour s’occuper des gosses. Pour réparer le vélo. Pour se soigner. Pour jouir.

Tout semble venir du fait que les gagnants, les rentiers ont gagné trop complètement et créent de la misère (on dit « richesse » dans les meetings UMP), et que les crève-la-faim ne bougent pas. Ils ne bougent pas pour de multiples raisons dont en voici quelques unes vite-fait :

–          Les moins éduqués du lot ne savent pas lire (au propre parfois, au figuré souvent), ne lisent pas, et les gagnants veillent à ne pas augmenter le niveau. On casse l’Education Nationale pour faire bon poids. Et dire que ce sont de braves gens !

–          Ceux à qui il reste la possibilité de penser doivent faire avec l’audio-visuel-presse Français, aux mains des gagnants. Chômeur de plus de 50 ans, à Lens, ancien d’industrie, le corps cassé par trente ans de chiourme, il n’est pas EXTREMEMENT NATUREL de se jeter à corps perdu dans l’analyse politique et sociale, afin de préparer le grand soir. Et dire que ce sont de braves gens !

–          Ceux qui ont encore le cerveau en état de marche passent leur temps à courir pour se sortir de la bouse, et n’en disposent pas forcément pour s’éduquer, socialement/économiquement s’entend. Avec son smic virgule 8, et ses illusions, l’homme penche plus naturellement à peloter son smartphone que son libraire. Donc on se met bien dans le moule, avec l’espoir d’une réussite future. Et dire que ce sont de braves gens !

Cela-dit entre les millions de chômeurs recensés, des collatéraux et des pas-recensés, on doit bien avoir une vingtaine de millions de mal-lotis, tous n’étant pas forcément des malades mentaux, des attardés, des feignasses congénitales et des fraudeurs aux allocs.

Alors comment enrayer le capitalisme et ses cortèges de lois, règlements et autres ? Sur un plan strictement technique, de savants esprits ont défriché le terrain, pour analyser les causes, et pour proposer des alternatives, et enfin pour penser les transitions vers ces alternatives. Ancré majoritairement à gauche (du PS !), ils ne forment pas pour autant une masse homogène de pensée.

Sur le plan technique toujours, ils se rejoignent, les désaccords apparaissent si l’on tente de mesurer leur taux d’hormone du changement : il n’y a pas de cohésion entre Attac, Paul Jorion ou Frédéric Lordon. C’est à leur capacité à projeter un changement brutal que nous pourrions les différencier. Donc, y’a qu’à.

Les intéressés vont m’en vouloir un peu, mais c’est juste pour l’exemple : Paul Jorion est retraité, plutôt confortablement, il n’a pas besoin de grand soir. Frédéric Lordon est chercheur au CNRS. Il ne roule probablement pas sur l’Or et la transformation qu’il souhaite n’est pas une nécessité vitale pour lui-même. Les big-boss d’Attac ont trouvé un boulot. Une partie de ses adhérents est constituée de fonctionnaires à la retraite. Le militantisme est un loisir, comme les boules en Provence.

Je vous propose un petit exercice d’analyse, mais comme je pars d’un certain nombre de présupposés, il est nécessaire de les rappeler :

–          Nos politiques ont démontré leurs adhésions au capitalisme, du PS au FN. Rien à attendre d’eux.

–          Les gagnants ne vont pas spontanément lâcher le bon côté du manche.

–          La loi interdit tout changement, car même si vous le signifiez très fortement à votre député, les mandats donnés aux représentants (député ou sénateur… ou autre) ne sont pas « impératifs ». En gros, un député fait ce qu’il veut une fois élu, y compris se renier. Il a le « droit ». La loi dit que vous devez vous lever le matin pour payer les rentiers. Point.

L’approche légaliste n’est pas une option, parce que les médias sont aux mains des possédants : pour clore cette question, rappelons-nous la girouette qui déclare être l’ennemie de la finance, mais qui va par la suite la vénérer et la servir. Une girouette socialiste au pouvoir.

Donc, voici venir le grand soir ! Ce grand soir, dont la perspective est de moins en moins abstraite commence déjà à inspirer les déçus de l’Europe : grecs, espagnols, portugais commencent à se dire que cette perspective devient aussi saine que leur environnement économique : on manifeste une fois, deux fois, une semaine, un mois et c’est pire. A la fin, quand on a plus d’idée, on prend des récipients en verre, un carburant avec des surprises pour rendre le tout collant, et on balance. Dommage.

Premièrement, « grand soir » ne signifie pas arrivée de gueux comme une comète qui détruit tout, brûlant, violant, pillant : cela veut seulement dire rupture des contrats collectifs léonins, et reprise par « les gens » eux-mêmes de l’exercice exclusif des prérogatives démocratiques.

A ceux qui frémissent de peur, sachez que ce frémissement vous a été appris depuis tout petit. Depuis des milliers d’années, les mamans et les papas racontent de belles histoires aux petits pour les endormir. Les banquiers font pareils avec les politiques, qui se chargent de faire de même avec vous. Grand soir = Bolchévique hirsute sentant fort la sueur, le stupre et le sang, qui se rue sur vos filles et vos compagnes.

Alors qu’en fait, vous vivez sous la crainte de banquiers bien coiffés, qui vous envoient trimer pour payer leur île déserte. Si ce n’est pas vous, c’est votre patron. Regardez Hollande : Notre chef de cours de récréation, avec sa croissance miracle. Ca ne sent qu’une sueur, la vôtre, qu’un stupre : ouvrir les yeux émerveillé l’emballage d’un IPhone 8n (je prends un peu d’avance au cas où), et le sang, c’est bien le vôtre aussi, que cela soit après vous être fait bouffer par une machine ou être tombé d’un échafaudage. Et n’oublions pas ces reflets mordorés dans vos glaviots après avoir travaillé des années dans l’amiante, pulvérisé des pesticides, épandu du jus de porc ou autre richesse.

Alors pourquoi craindre le grand soir ? (je n’ai pas mis de majuscule, je sens bien que vous flippez)

Qu’est-ce qu’un Grand Soir ? Une remise à plat des règles. Un règlement des comptes.

On peut égorger les méchants du jour, les pendre avec leurs boyaux. Reste à être sûr de ne pas être le méchant de demain. Ou alors on peut seulement agir sur les règles et les comptes. Éviter de faire couler le sang.

En 1789 nous avons fait une révolution : le pouvoir divin a été négocié. Incontestablement le clergé s’est pris une tôle. Les nobles ont laissé la place aux marchands et aux banquiers. Pas au peuple qui est juste là pour faire joli et qui ne vote pas et n’est pas éligible.

Un changement s’opère : il ne suffit plus d’être pour avoir un rôle de winner, car cela relève désormais des privilèges abolis. Il faut détenir une forme plus active de pouvoir : alors qu’un roi pouvait solder ses comptes en tuant les créanciers, qu’ils soient juifs, templiers ou protestants, ou en braquant carrément les portugais ou les espagnols de retour de pillage, les marchands et les banquiers ont acheté la révolution et il n’y a plus de Roi pour les calmer. Les assemblées sont soigneusement arrangées (constitution !) pour transférer le pouvoir des nobles et du clergé au bénéfice unique des possédants mobiliers. La révolution Française n’a jamais été populaire, même en 1793. Corruption active et passive ont de tout temps réservé le pouvoir aux possédants, pouvoir de perpétuer l’esclavage des plus nombreux.

De nos jours, nos nouveaux maitres, arrière-petits-enfants des mêmes (génial, la transmission de patrimoine par l’héritage !), n’ont eu qu’à s’acheter quelques télés et journaux : une fois ficelés quelques lois et règlements, la politique n’est plus un problème. Vous voyez Hollande se fâcher avec Martin Bouygues, ou vice-versa ? De Gaulle avait fait le plus gros du boulot en 1958. Un seul personnage puissant : le Président de la République, issu lui-même du concours permanent organisé par les riches via les partis. Le plus fayot a le poste. Simple, efficace.

Bon, maintenant que nos politiques sont partis définitivement se faire masser chez JP Morgan ou Goldman Sachs, oublions l’état, pauvre (!) mécanisme utilitaire, dont les fonctions régaliennes généreusement laissées par nos maîtres (le FMI l’a dit, faut tout privatiser, sauf police, armée, justice), afin que nous nous garde-chiourmions nous-même. Trop fort !

Bref. On s’est tous mis autour de la table « Europe ». Certains avec un gros pécule et des gros revenus, d’autres quelques revenus, plutôt maigrelets : tentez de survivre à Paris, seul avec deux enfants et un travail à 1,3 smic ? Vas-z-y, attaque la Rue De La Paix ! Au début de la partie de Monopoly, certains se partagent tous les hôtels et les maisons. ET vous, pauvre buses, vous croyez que vous avez une chance, car si vous êtes vertueux (C’est le mot poli pour « Pratique répétée de fayotage sur chef »), vous pourrez aussi, un jour, vous acheter un petit quelque chose. Si vous voulez bien passer votre temps, toute votre vie, à fayoter avec un chef, un patron, un actionnaire, un banquier. Obéir aux ordres du chef, ne pas prendre trop d’argent au patron, laisser la richesse produite filer, comme ça, juste comme ça, entre les mains de gros feignants déjà richissimes, et surtout ne pas jouer avec le temps : tous les mois, il faut payer sa dîme au banquier. Qui lui aussi, soit dit en passant, n’en fout pas une rame pendant que vous trimez.

Ou alors vous arrivez à la table, en décrétant de nouvelles règles et en redéfinissant le jeu : qu’est-ce que la valeur, la monnaie, le travail, le bien-commun. La distribution, le mérite, la répartition : autant de mots à repenser, voire pour la plupart d’entre nous, à penser.

Doit-on penser le « Grand Soir ». C’est une opinion très personnelle, mais après avoir cru, avoir espéré, je n’ai plus de stock de complaisance : donc OUI. Et Re-OUI.

Mais pourquoi ? Nous y voilà !

Comment placer une perspective de grand soir, alors que la loi est contre et qu’une bonne partie de la population est contre. Par ignorance ou par opportunisme, le système s’est bien verrouillé.

Alors voilà que revient… LE TEMPS ! Je vais vous le faire détester !

En fait, les acteurs du drame, de quelque bord qu’ils soient, ont une approche du temps qui participe du mécanisme : le banquier de 55 ans qui vous signe votre crédit pour votre sam’suffy pour 25 ans de croum, a une vision du temps très différente : le temps s’arrête aux comptes trimestriels ou à sa retraite dans deux ans. En signant ce contrat qui vous condamne à payer 2 fois votre maison, par la seule grâce d’un contrat léonin, vous venez de vous greffer l’espoir d’avoir un boulot pendant 25 ans, boulot dont vous savez qu’il est probablement condamné (et votre banquier le sait, mieux que vous). Gardez ça bien en tête pour le paragraphe suivant. Vous trimez pour rembourser.

Votre signature vaut dividende pour le banquier. Qu’il peut revendre avant même que vous n’ayez même commencé à le payer. Parce que cela fait longtemps que « l’espoir » que vous allez payer les intérêts à la banque a permis à celle-ci de déclarer que la valeur de ce contrat (les intérêts) pourrait même constituer une arna richesse. Donc on peut revendre cette richesse : en renonçant à une partie de la valeur du contrat, le banquier touche même une partie de ses intérêts en avance sur vos échéances. Comme une traite qu’il présente à une autre banque. Et en échange, il obtient des liquidités pour rejouer au casino. Et il recommence. Le temps n’est pas un problème pour le dominant. Ce qui compte, c’est que l’argent que vous utilisez est un taxi avec le compteur qui tourne et la certitude que vous payerez. Le temps est bon pour le rentier !

Si les remboursements n’arrivent pas, tout se casse la gueule. Heu.. En fait non. L’état va combler les trous. Sur injonction de la commission européenne. Un truc pas élu. Des experts ! L’état disais-je, donc : vous.

Vous n’avez pas d’autre choix que de vous former un minimum, pour réagir à ça. Maintenant, vous savez. A partir de cet instant, vous êtes complices. Les irlandais remboursent avec leur petit pognon quotidien 67 milliards d’erreurs de banque à ceux qui, par leurs placements, ont créé l’éclatement de l’économie irlandaise. Il faut dire que les dominants irlandais (0,1% des irlandais), avaient eu l’idée géniale de transformer leur pays en paradis fiscal, soutenu par la commission européenne, qui adore le bizness.. Donc le pognon s’y est précipité. Pour s’y perdre. Mais ce n’est pas grave : la commission européenne l’a retrouvé, tout ce fric. Dans la poche des contribuables. Donc nos investisseurs ont fait payer leur erreur par les prolos. Je croyais que l’investissement capitaliste, c’est le risque vertueux, la création de richesse, les emplois de demain… Tu parles. Une des grandes réussites du capitalisme, c’est d’avoir refaçonné notre langue pour rendre beau ce qui est moche, juste ce qui est prédation, souhaitable ce qui est ruine.

Les irlandais vont rembourser 67 milliard d’Euros de dettes de jeux aux joueurs, dont les plus grosses banques françaises privées, soit dit en passant. Il y a eu sur Arte aux alentours du 25 mai 2013 une émission d’un allemand qui se demande où sont allés les 67 Md€ que la BCE a donné à l’Irlande, qui pressure aussitôt son populo pour lui faire rembourser. Et, si je synthétise bien, les 67 Md€ sont retournés dans la poche des investisseurs crétins qui avaient donc pris l’Irlande pour un vulgaire paradis fiscal. Donc, je l’ai dit, les Irlandais remboursent les investisseurs comme une vulgaire assurance bris-de-glace. Et les investisseurs sont nos méga banques chéries et leurs clients. NOS gros-pleins-de-fric. Français, Monsieur ! Bien accentuer le « an » de français, monsieur. Et trouver d’urgence des synonymes à « vulgaire ».

Mais une question qui tarde à venir, c’est le destin du fric quand il est arrivé en Irlande. Au tout début. Quand nos rentiers voulaient se gaver sur « l’opportunité fiscale irlandaise ». Le détail statistique de son éparpillement. Je dis ça, j’dis rien. Parce que ça fait 67 Md€ aussi. L’air de rien ! Comment nos banques ont pu trouver plus de 14 Md€ pour jouer en Irlande ? Alors qu’elles n’ont pas de fric pour notre économie ? Ce n’est pas une défaillance de service public, ça ? Qui devrait donner lieu à la nationalisation immédiate et gratuite, la confiscation donc, de tout ce qui est banque d’affaire sur le territoire, le reste allant se faire voir ailleurs. Mais pas chez les grecs, quand même, ils ont une dignité.

Ce qui est fondateur de tout cela : le temps. Vous n’avez pas le temps, vous voulez cette maison maintenant, parce que vous en avez besoin maintenant pour faire pousser votre famille. Il vous faut une tuture maintenant, pour aller gagner la braise avec laquelle vous payerez vos intérêts.

Le temps, c’est votre saignée perpétuelle, c’est le confort des vrais riches.

Au départ, vous n’aviez pas un problème de voiture ou de maison, mais un problème de temps : comment aller au travail avant les 3 ans nécessaires pour économiser de quoi payer la Lada. Et où dormir pendant les 25 ans nécessaires à se payer une maison. Et là…Idée géniale : plutôt qu’un service de type solidaire, qui n’est qu’une option parmi deux, il y a la possibilité d’obliger les gens, à grande échelle, kolossal échelle, de payer deux fois leur baraque. De leur pomper une lourde taxe sur chaque achat important. Voir, avec les crédits revolving, de leur faire le même coup que pour la création monétaire : leur louer du fric. Leur louer à vie le pognon qu’ils n’auront jamais. Juste comme ça. Parce que c’est possible. C’est possible, donc faisons le. Certes il faut pas mal de fric pour amorcer la pompe, mais ça, on l’a déjà tondu sur les moutons. Avec l’héritage, la fortune est un bon vin qui ne peut que se bonifier. Le temps est un allié de la fortune.

Le temps efface les mémoires, augmente les intérêts, bref, confier ses économies ou son héritage au temps, c’est bien la seule façon de faire des ronds kommaks avec des talbins. Donc quand le prêteur vous dit que les intérêts sont le prix de sa privation, là vous pouvez commencer à parler de légitime défense et entamer une cérémonie vaudou à son encontre. Pour l’aiguille sur la poupée, ne cherchez pas le cœur à sa gauche. Le portefeuille est toujours à droite.

Aujourd’hui, le grand soir ne peut prendre, à la fin des manifs, que la forme d’un défaut généralisé de paiement, et la mise en place d’une monnaie dotée d’un nouveau mode d’emploi. Ce qui fait flipper les gros banquiers et le petit rentier de quartier. Idée en passant : « avoir prévu le coup ».

Et pour ceux qui sont du mauvais côté du manche, soit environ 90% de la population, il manque le déclencheur, le marqueur de la limite à ne pas dépasser. Le truc qui va vous faire lâcher vos dernières précautions vis-à-vis du système : celui qui fait que le Grand Soir devient une urgence personnelle légitime, capable de bousculer la notion de propriété privée des gens qui en ont beaucoup trop chez ceux qui n’ont rien.

Et l’argument qui fait mal, le marqueur de la limite, c’est le temps !

Mais voilà : vous allez tous crever ! Tôt ou tard, et il ne sera plus temps de faire les comptes. Vous avez encore l’illusion d’avoir une chance de vous faire une place au soleil. Elles sont toutes prises par des gens qui ont tiré l’échelle, et qui les lègueront à leur enfants, qui deviendront leur remplaçants. Comme le Prince Jean Sarkozy devait naturellement récupérer à poste à la hauteur de son ascendance. Vous devez vous mettre sans rigoler à la place d’un sarko. Il a fayotté toute sa vie pour compenser dans la société la place dans sa famille qu’il a jugé médiocre. Super fayot au RPR, Neuilly, Starsky à la maternelle, les fans adorent.

Quand ce type accède au poste suprême, il doit rutiler. Ok, Cécilia lui a brossé les dents avec une bûche, il en a perdu ses moyens au Fouquet’s, le biquet. J’étais émouvu ! Mais aussitôt remplacée la duchesse, il a encore trouvé le temps de penser à sa descendance. Mais enfin, quel poste pourrait-on trouver au boutonneux ? Garde champêtre à Neuilly ? Ah ben non, y’aurai bien la présidence de l’Epad, un gros machin obscur qui brasse des milliards de l’état ou de la région avec des investisseurs anonymes et motivés et des boîtes de BTP gérées par des bonnes sœurs. Y’a suffisamment de zéros ? Ça ira. Bon, Guéant, tu t’en occupes. Fin du sketch.

Commentaire : Quand un sarko prend ce genre de décisions, vous ne pouvez pas comprendre sans procéder à une petite pause. Oubliez votre condition, votre point de vue. Vous êtes un Zglorg de la planète Zglong, de passage, qui observe. Un monsieur dans son palais, le grand chef, pense à son gosse. Le Monsieur est au top de la puissance et du pouvoir. En fait il est Directeur Général de la France. Un salarié de luxe, mais un salarié. Mais bon, pour un sarko, les reflets du succès l’empêchent de voir cela. Il voit qu’il est à un poste où il peut demander autant de paquets de macarons de luxe autant de fois qu’il veut. Bon. L’Epad, ça ferait bien pour le petit. Ce n’est pas un problème de compétence, y’aura tous les coachs nécessaires. Pour un sarko, c’est un droit. Comme pour vous d’acheter une raquette de tennis. Quand ça a fait du bruit, je suis sûr que sa première réaction a été la surprise.

Qu’on ait pu le voir sous cet angle, alors que la question ne se pose pas.  Enfin, c’est exactement ce qu’il croit. C’est un droit. Ouai, moi si je veux je place mon chiard à la tête de l’académie des sciences si je veux. Et la réforme des retraites en remplaçant la cotisation par des fonds de pension privé, c’est si je veux aussi, et autant pour Jean, vous m’avez eu, autant pour les retraites vous allez l’avoir profond : la preuve, Hollande poursuit sur exactement la même trajectoire. Le maquillage est différent. Mais dessous, c’est exactement le même bousin.

Et pendant ce temps-là, pendant que nous nous émouvons sur la cour de Nicolas 1ier, le temps passe…

Vous laissez du temps aux adversaires, parce que vous VOULEZ croire que vous avez le temps, que ça va s’arranger en remboursant les dettes…que Poutine va devenir gentil, et que les poules auront des dents

La formidable entreprise de privatisation du monde vivant, minéral, atmosphérique et finalement de votre chair, ne s’arrêtera pas de votre vivant si vous ne renoncez pas à votre fantôme de confort.

Vous passez votre temps à flipper à cause du temps : ma retraite ? Mon salaire ? Mes échéances ? En cas de maladie ? D’accident ? Catastrophe industrielle nucléaire ?

Pourquoi vous ne dites pas STOP ! ??

Avez-vous tant que ça le temps d’attendre ? La délocalisation ? Le changement d’actionnaire qui vous propulsera à Pôle-Emploi ? La grêle quand vous découvrirez le capitalisme bucolique frénétique.

Et surtout, n’oubliez pas que la subversion s’appelle comme ça chez les normalisateurs, les dominants : rappelez-vous, les résistants étaient appelés terroristes par les occupants en 39-45.

Pourquoi vénère-t-on les terroristes résistants aujourd’hui ? Parce que les alliés ont gagnés. Si c’était les allemands, on déposerait des gerbes de fleurs sur des monuments de mémoire aux victimes des terroristes.

Pour ce qui est du grand soir, on n’a pas tout le temps.

Si vous avez moins de 30 ans, vous avez le temps jusque-là ? Si vous avez plus de 45 ans et que vous êtes viré, vous allez avoir le temps ? Toute votre vie !

La grande stratégie des conservateurs, utilisant les mots « réforme » pour « casse social », « compétitivité » pour « accélération de la chiourme », consiste à décrire un monde « difficile » quand la vie est « insupportable », « payer ses dettes » pour « honorer un racket », est de brandir un apocalypse en 3D dès qu’une minime remise en cause des structures politiques est esquissée. « Contradicteur » devient « populiste », « journaliste casse-bonbons » devient « complotiste ».

C’est à ça que servent les « distractions ». Entertainment en américain. Distraire les foules de ce qui les concerne vraiment, pour que le temps passe et que rien ne change. Mariage homo, Mali, un G-20 quelconque, Cahuzac : Merci à toi d’occuper les pauvres. Grâce à toi, ce n’est pas aujourd’hui que les gens ont fait de la politique. Bientôt une deuxième passe d’équarrissage sur les retraites. Un truc écrit par un haut fonctionnaire sur un topo d’un ministre. Et ça va passer comme une lettre à la poste, merci aux députés et à la CFDT. On s’occupe.

Pendant que vous vous laissez distraire le temps passe…

La traite des pauvres par les très riches est inscrite dans notre constitution.

Tic tac, tic tac, tic tac…

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